Source : Atlas médical VML - Docteur Pierre Farge - Docteur Alain Fouilhoux - Docteur Nathalie Guffon - Avril 2006

Les anomalies bucco-dentaires sont retrouvées dans l’ensemble des maladies lysosomales. Elles sont communes aux MPS I et II et à des degrés moindres dans les autres maladies lysosomales.
Ces anomalies bucco-dentaires concernent l’ensemble des structures orales : les tissus minéralisés de la dent, principalement l’émail, les tissus mous, la gencive, les tissus parodontaux, la muqueuse orale, la langue ; elles concernent aussi certaines fonctions orales : la mastication et la salivation.
Les anomalies bucco-dentaires sont liées à l’évolution de la maladie qui rend les possibilités thérapeutiques plus difficiles au fur et à mesure de la progression de celle-ci.
Il est donc important d’envisager chaque consultation avec un souci constant de prévention, prévention de la maladie carieuse et de ses complications, et prévention des maladies gingivales, des candidoses buccales et surveillance du remplacement dentaire.
Cette vigilance s’impose du fait que la majorité des enfants atteints de maladies lysosomales sont à risque d’endocardite infectieuse, en raison des modifications valvulaires.
On distingue des anomalies acquises à type d’hypoplasie de l’émail, de déminéralisation diffuse et d’opacités diffuses ou localisées, qui sont relativement peu fréquentes, de l’ordre de 10 %.
La maladie carieuse est retrouvée avec une fréquence comparable à l’ensemble de la population générale. Les caries en denture lactéale sont rares à type de caries du biberon sur les dents antérieures, les caries des molaires lactéales qui apparaissent vers l’âge de 6 ans sont plus fréquentes.
En denture adulte, on retrouve des lésions carieuses sur les premières molaires, ces lésions carieuses sont le plus souvent d’évolution typique et concernent soit des lésions de la face occlusale, soit des lésions des faces vestibulaires par manque d’hygiène.
Les maladies parodontales sont surtout celles du parodonte superficiel et concerne la gencive marginale ; elles sont liées à l’hyperplasie gingivale liée au syndrome. On rencontre le plus souvent des gingivites localisées dans le secteur antérieur maxillaire ou mandibulaire, associées à des dépôts de plaque ou de tartre.
Enfin, la disposition en éventail des incisives mandibulaires du fait de la macroglossie et la brièveté de la gencive attachée dans le secteur antérieur, favorisent des gingivites évolutives et une relative septicité du parodonte superficiel.
Les anomalies de l’occlusion dentaire sont liées au phénotype de la maladie et à la macroglossie. On retrouve une bi proalvéolie maxillaire et mandibulaire liée à la macroglossie, qui s’accompagne de diastème évoluant progressivement entre l’ensemble des dents.
Enfin, on observe après l’âge de 10 – 12 ans, des complications infectieuses à type de poussées évolutives des kystes folliculaires mandibulaires, qui accompagnent l’éruption ou la rétention des molaires définitives.
Ils sont liés à la respiration buccale et à l’encombrement du carrefour
rhino-pharyngé. De ce fait, on observe très souvent une interposition linguale ou labiale et des tics ou para-fonctions d’interposition de la lèvre ou de la langue, ainsi que des habitudes de succion du pouce ou des doigts.
Parallèlement, il existe une hypersalivation qui va aller en se majorant avec l’évolution de la maladie et qui se complique du fait des difficultés de déglutition.

L’attitude thérapeutique qui associe surveillance et soins, se décline selon l’âge et le degré d’évolution de la maladie. Schématiquement, on peut reconnaître trois étapes.
En dehors d’atteinte carieuse massive, de type carie du biberon, la consultation mettra surtout en évidence les conseils traditionnels d’hygiène dentaire en insistant particulièrement sur la mise en place des habitudes de brossage sous forme ludique dès l’âge de trois ans. On surveillera également l’éruption dentaire, celle-ci étant en général normale pour l’âge. On donnera parallèlement des conseils liés à la mastication, en insistant sur la nécessité de
conserver et de mettre en place des habitudes alimentaires de mastication dès l’apparition des premières dents. Lorsque des soins de caries sont nécessaires, ils sont le plus souvent effectués sous sédation de type sédation vigile ; le recours à l’anesthésie générale est exceptionnel pour des extractions dans le cas de grand délabrement dentaire lié aux caries du biberon.
Bien sûr, les méthodes habituelles de fluoration et les prescriptions de fluor par voie générale, doivent être mises en oeuvre pour ces enfants de la même manière que pour tout enfant de cet âge.
La consultation mettra en avant les notions de conseils d’hygiène avec l’instauration d’un brossage dentaire bi-quotidien en insistant sur le caractère ludique et non forcé que doit revêtir ce brossage.
On pourra recourir à la brosse à dent électrique, dont les études cliniques ont montré qu’elle aboutissait à un meilleur contrôle de plaque que la brosse à dent manuelle, chez les enfants dont les aptitudes manuelles au brossage sont diminuées du fait de leur handicap.
Les conseils sont les conseils habituels de diététique alimentaire liés à la prévention carieuse : éviter le grignotage, espacer les prises alimentaires d’au moins 4 heures, traquer les sucres cachés et éviter l’alimentation molle. Enfin, le fluor par voie locale sous forme de dentifrice fluoré et éventuellement de bains de bouche est prescrit.
Entre 5 et 9 ans, l’élément le plus important est la surveillance du remplacement dentaire, c’est-à-dire s’assurer que les dents lactéales sont éliminées au fur et à mesure du remplacement des dents définitives. Du fait de l’hyperplasie gingivale, un motif de consultation et d’inquiétude fréquente des parents, est l’existence de « deux rangées de dents » particulièrement dans le secteur antérieur mandibulaire. Les extractions de ces dents lactéales seront envisagées lorsqu’il existe un risque infectieux et des signes d’inflammation gingivale.
La consultation insistera particulièrement sur la septicité buccale c’est-à-dire les conseils d’hygiène dentaire qui doivent être mis en place et appliqués par l’enfant ou l’entourage, avec le maintien d’un brossage bucco-dentaire bi-quotidien.
Les lésions carieuses seront surveillées et traitées soit de manière conservatrice, soit par extraction lorsque il ne sera pas possible d’obtenir la coopération ou la sédation de l’enfant.
Les gingivites seront prévenues par des détartrages et polissages prophylactiques biannuels. L’examen devra mettre l’accent sur la reconnaissance d’une plainte dans la cavité orale chez un enfant dont le handicap ne permet plus d’exprimer la douleur dentaire. Dans un certain nombre de cas, on observera soit des lésions carieuses ayant abouti à des syndromes de pulpite hyperalgique, soit des accidents traumatiques avec des fractures ou des fêlures liées à des chutes.
Ces éléments représentent des urgences, qui doivent être prises en charge afin d’effectuer le plus rapidement le geste d’extraction nécessaire.
La surveillance de la muqueuse orale dans son ensemble doit être effectuée également régulièrement car la macroglossie, associée à l’aspect plicaturé de la muqueuse linguale, favorise le développement des candidoses buccales.
Les épisodes infectieux des kystes folliculaires sont traités par des cures d’antibiothérapie avant d’en discuter l’exérèse chirurgicale à froid.
Dans le cadre de la CMD à Lyon, nous effectuons depuis quatre ans un suivi longitudinal systématique de l’ensemble des enfants.
Pour l’année 2005, un avis odontologique a été donné pour 83 patients (parmi les 85 vus à la CMD), parmi eux le diagnostic de MPS concerne 79 patients, dont 6 adultes de plus de 20 ans, répartis de la manière suivante :
- MPS I : 38
- MPS II : 19
- MPS III : 7
- MPS IV : 7
- MPS VI : 8
En excluant les 6 patients adultes, l’âge moyen des enfants est de
9, 95 ans.
Le tableau 1 ci-dessous, décrit les fréquences des principaux problèmes rencontrés, par ordre de fréquence décroissante.
Soins de caries (par le praticien traitant ou 43%
sous anesthésie générale ou en milieu spécialisé)
Problèmes muqueuse buccale
– mycose, halitose, gingigvite 37%
Hypersalivation 22%
Kystes d’ inclusion dentaire avec manifestations 16%
douloureuses ou poussées inflammatoires
Urgences dentaires traumatiques, douloureuses 8%
ou infectieuses
Les anomalies bucco-dentaires et leurs prises en charge dans les maladies lysosomales représentent un ensemble de manifestations et d’attitudes thérapeutiques que l’on retrouve chez l’enfant et chez l’enfant handicapé. Elles nécessitent une vigilance particulière du fait de l’évolutivité de la maladie et de leur importance pour la qualité de vie de l’enfant. Elles sont dominées par le fait
que la prévention y joue, là comme ailleurs, une attitude déterminante, mais revêt une importance plus particulière du fait de l’évolutivité des maladies lysosomales.
Dans notre expérience à Lyon, elles représentent un motif fréquent de consultation ou d’avis de la part des parents et de l’entourage de l’enfant. Elles requièrent des attitudes prophylactiques non urgentes, et dans un plus petit nombre de cas des interventions urgentes du fait de notions traumatiques ou douloureuses.
La prise en charge est alors véritablement pluridisciplinaire, permettant d’associer le geste odontologique et l’environnement pédiatrique spécialisé.