Les informations figurant dans la présente fiche détaillée sont rédigées par un ou plusieurs experts, puis validées par un Comité Scientifique et Médical.
Une grande variabilité d'expression pouvant se manifester au sein d'une même maladie lysosomale, les informations présentées peuvent ne pas s'appliquer à un cas particulier. Il est donc important d’analyser ces informations avec son médecin traitant, à la lumière de sa propre situation.
La maladie de Morquio est une maladie de surcharge lysosomale caractérisée par un défaut de dégradation du keratane-sulfate, responsable de son accumulation dans les tissus. Elle est dominée cliniquement par l’atteinte osseuse, et se présente avant tout comme une ostéodysplasie spondylo-épiphyso-métaphysaire.
Son incidence est variable selon les pays : 1/76 000 en Irlande du Nord, 1/300 000 en Colombie Britannique au Canada et 1/640 000 en Australie où elle est 6 fois moins fréquente que la mucopolysaccharidose de type I. Elle ne représente donc qu’une faible proportion de l’ensemble des mucopolysaccharidoses dont l’incidence globale est de 1/29 000 en Australie.
Le catabolisme du kératane-sulfate nécessite 2 enzymes clefs :
Dans les 2 types de maladie de Morquio, l’excrétion urinaire de kératane sulfate est augmentée (dans le cas de la maladie de Morquio de type IV B on observe également une excrétion urinaire accrue de galactosides).
La Maladie de Morquio de type A est une maladie héréditaire de transmission autosomique récessive. Le gène de la galactose-6-sulfatase est localisé sur le chromosome 16 (16q24.3) et de nombreuses mutations ou délétions ont été identifiées : en 2004, on connaît plus de 90 mutations. Il existe une corrélation génotype-phénotype pour quelques-unes d’entre elles. Les mutations ponctuelles se traduisent par des phénotypes variables alors que les délétions sont le plus souvent responsables de formes sévères.
Haut de pageLa maladie de Morquio de Type A se traduit par une ostéodysplasie spondylo-épiphyso-métaphysaire. L’expression clinique de la maladie est très variable d’un patient à l’autre.
Il est habituel de distinguer la forme sévère classique et les formes modérées mais il existe un continuum entre ces deux extrêmes.
Elles représentent la majorité des mucopolysaccharidoses de type IV.
Signes de début
Les premiers signes apparaissent en général dans la 2e année après l’acquisition de la marche mais le diagnostic est souvent porté plus tardivement (entre 3 et 15 ans).
Les signes osseux sont les premiers à attirer l’attention :
Le développement psycho-intellectuel est normal.
Evolution
L’atteinte squelettique s’accentue progressivement avec l’âge conduisant à des déformations importantes précisées par les radiographies :
Plus tardivement au cours de l’évolution apparaissent d’autres signes de surcharge et des complications :
En fait ces complications neurologiques peuvent aussi être présentes précocement et justifie une surveillance rachidienne rigoureuse. Plusieurs enfants ont présenté, à la suite d'une chute sur le crâne en apparence banale, une tétraparésie ou même une tétraplégie par luxation traumatique alors qu'il n'y avait pas encore d’instabilité.
En l’absence de complication, une insertion socioprofessionnelle est possible. Quelques grossesses ont été rapportées.
Elles se distinguent de la forme classique par une atteinte osseuse moins importante. La taille définitive peut atteindre 135 à 155 cm. Les déformations osseuses du sternum et des membres sont plus discrètes et les manifestations extra-squelettiques sont souvent absentes ou plus tardives. L’insertion socioprofessionnelle est en général meilleure. Cette forme de maladie de Morquio de type A doit être distinguée du type B (déficit en bêta-D-galactosidase) dont la symptomatologie est comparable aux formes modérées de type A.
Sur les radiographies osseuses, l’aspect le plus caractéristique est la platyspondylie (aplatissement des vertèbres) ; les vertèbres sont initialement ovales puis deviennent plus plates et plus rectangulaires avec l’âge, l’apophyse odontoïde est hypoplasique voire absente. La vertèbre L1 est souvent courte et déplacée en arrière responsable d’une gibbosité. La partie antérieure des côtes est large en forme de spatule. La tête fémorale est aplatie et fragmentée. Les métacarpes sont courts et leurs métaphyses distales élargies.
L’examen ophtalmologique à la lampe à fente recherchera des opacités cornéennes.
D’autres examens peuvent être utiles au cours de l’évolution : IRM pour la surveillance rachidienne et médullaire, recherche d’une hypoacousie, d’une atteinte cardiaque (échographie).
- L’étude des mucopolysaccharides urinaires montre le plus souvent une augmentation de l’excrétion urinaire de kératane-sulfate. Cependant, les spots tests rapides et les tests uniquement quantitatifs peuvent être pris en défaut et être responsables de faux négatifs. Par ailleurs, l’excrétion urinaire de kératane-sulfate peut être normale dans les formes modérées.
- L’étude enzymatique dans les leucocytes ou dans les fibroblastes en culture doit donc être réalisée devant un ensemble clinique et radiologique évocateur même si l’étude des mucopolysaccharides urinaires n’est pas informative. Elle permet d’affirmer le diagnostic de mucopolysaccharidose de type IV A en cas de déficit en galactose-6-sulfatase.
- Du fait de la diversité des mutations, le diagnostic repose sur la mise en évidence du déficit enzymatique. Les études moléculaires peuvent servir à établir d’éventuelles corrélations génotype-phénotype et sont utiles pour le diagnostic des hétérozygotes.
- Un diagnostic prénatal est possible et fiable. Il repose sur l’étude de l’activité enzymatique dans les villosités choriales ou des cellules amniotiques cultivées. Il n’existe pas de traitement anténatal possible. Ce prélèvement ne sera donc envisagé qu’après une information précise des parents sur les risques du prélèvement et sur les tenants et aboutissants de ce diagnostic anténatal afin que leur décision soit prise en toute connaissance de cause.
Haut de pageIl n’existe aucun traitement spécifique de la maladie de Morquio de type A. La transplantation médullaire n’est pas indiquée, car elle n’a pas ou peu d’effet sur l’atteinte osseuse. Un modèle murin a été généré pour tester l’efficacité d’éventuelles thérapeutiques.
Le traitement est donc essentiellement symptomatique et repose en particulier sur une prise en charge orthopédique très spécialisée. En cas d’intervention, la prise en charge anesthésique est également très spécifique en particulier en raison des risques à l’intubation du fait de l’instabilité de la colonne cervicale.